Sourcing : les barrières anti-attentats au banc d’essai

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Mlle Sandrine Dyckmans
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L’attaque au véhicule-bélier est malheureusement devenue l’un des modes opératoires les plus fréquents dans les villes européennes. En France, les personnes publiques doivent désormais se doter de barrières anti-intrusion pour sécuriser les abords de certains bâtiments, les événements culturels et autres manifestations publiques. Quels sont les dispositifs existants, leurs points forts et leurs points faibles, leurs prix ? Tour d'horizon de ce marché en pleine expansion.

L’attaque à la voiture-bélier est devenue l’un des modes opératoires les plus fréquents dans les villes européennes. L’attentat traumatisant de la promenade des Anglais de Nice reste dans tous les esprits  et a malheureusement entraîné dans son sillage d’autres attaques du même type depuis un an, dont notamment la double attaque de Barcelone et Cambrils, au moins d’août dernier, et celui du pont de Londres, en mars 2017.

Ascension vertigineuse des achats de barrières anti-intrusion

En France, le niveau de sécurité a atteint le rouge écarlate, obligeant désormais les collectivités locales et l’Etat à se doter de barrières anti-intrusion pour sécuriser les abords de certains bâtiments et manifestations publiques. L’achat de barrières de sécurité, souvent dans l’urgence, connaît une ascension vertigineuse, depuis un an et demi, et de nombreuses entreprises se sont engouffrées dans ce marché en pleine expansion. Une multitude d’entreprises offre leurs services de location ou vente de système de barrage contre les voitures-béliers. Mais comment s’y retrouver dans la multitude des offres présentes sur le marché ?

Deux grands types de systèmes de barrage

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Après avoir mené l’enquête, il ressort clairement que le marché se divise en deux grands types de dispositifs : les barrières modulaires et amovibles, d’une part, et les blocs béton, d’autre part. S’y ajoute, de façon complémentaire, le système des bornes escamotables. Deux entreprises françaises se partagent actuellement le marché des barrières modulaires : Milpharm et Haltbrac défense. Spécialiste des systèmes de sécurité, Milpharm est le plus ancien sur le marché.

Les barrières MVB équipent la défense et l'Intérieur

Ses barrières, fabriquées en Israël depuis une vingtaine d’années, sont distribuées depuis six ans sur le sol français et équipent les ministères de la Défense et de l’Intérieur : « Le Raid, les Douanes et la base navale de Toulon ont acheté nos barrières « MVB », indique Jonathan Goldnadel, le gérant de la petite société basée en région parisienne. Notre système équipe également les municipalités de Londres, qui en a commandé 3 000, Berlin, ainsi que l’armée américaine, depuis plus de 10 ans. Elles assurent la protection du 1er ministre israelien. » La gare de Lyon à Paris vient également de s’en équiper. 

Barrières modulaires : légères et maniables

« Légères, roulantes, faciles et rapides à installer et à stocker, ces barrières sont capables d’arrêter en conditions de laboratoire un camion de 10 tonnes roulant à 100 km/h, affirme ce dernier. Les brins d’arrêt attrapent le train arrière des véhicules par transfert de la force cinétique, explique-t-il. Les chiffres réels sont des données militaires confidentielles que je ne peux divulguer », reconnaît-il.

Efficacité déjà prouvée sur le terrain

L’argument phare de Jonathan Goldnadel repose sur leur efficacité déjà prouvée sur le terrain, car les barrières existent depuis environ 20 ans. En outre, fait-il remarquer, les blocs béton - dispositif concurrent - peuvent être contournés par une voiture et ne peuvent être bougés rapidement. « Il faut une personne spécialisée, équipée d’une grue pour les placer et les déplacer », ajoute-t-il. Vendues environ 900 à 1000 euros l’unité, le prix des MVB baisse en fonction du nombre de commandes. Selon le responsable, une barrière fait 60 cm de longueur, une chaussée 9 mètres environ. « Il faut donc 15 unités dans les deux sens de la circulation pour sécuriser une artère de cette largeur. Nous les livrons en 7 jours », complète-t-il.

Un nouveau concurrent

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Arrivé depuis un an sur le marché, son concurrent Haltbrac défense propose un dispositif similaire, sans roulettes. Située entre Aix en Provence et Marseille, cette TPE fabrique depuis juin 2017 des barrières amovibles anti-véhicules « montables et transportables facilement avec n’importe quel véhicule communal et sans moyen technique de levage », annonce Michel Pateau, l’un des trois dirigeants fondateurs.

Les collectivités amortissent cet achat en un an par rapport au bloc béton

Plus discret sur le prix de ses barrières, ce dernier dévoile toutefois que leur coût correspondrait à une année de location de blocs béton, incluant leur pose et leur enlèvement : « Les collectivités amortissent cet achat en un an par rapport au bloc béton », souligne-t-il. « Les barrières peuvent stopper un 3,5 tonnes à 60 Km/h, mais un kit poids lourds permettant d’arrêter un véhicule pesant jusqu’à 7,5 tonnes à la vitesse de 50 km/h est proposé depuis peu et nous allons déposer un brevet pour une barrière stoppant un 20 tonnes », complète-t-il. La Grande Motte a été équipée de ces barrières.

Blocs béton

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Plus répandus, les blocs béton correspondent au deuxième grand type de dispositif pour lutter contre les assauts de véhicules fous. Les offres, en la matière, sont très variées, mais le concept demeure le même : la location ou la vente de blocs lourds (entre une et deux tonnes) pour entraver le passage de véhicules dangereux.

Deux ancres de levage ou un passage en fourche sont nécessaires pour les déplacer

Chez « Béton Mobile TP », une TPE spécialisée dans la fourniture et la livraison de béton, le système « Mobi’blocs » protège la voirie et les places d’une quinzaine de communes de l’hexagone. « Ils pèsent 1 tonne 300 pour 1,50 mètres de long et 60 cm de large », indique Marlène Allice, la secrétaire commerciale. Deux ancres de levage ou un passage en fourche sont nécessaires pour les déplacer. « Nous avons un transporteur qui livre sur toute la France jusqu’à 20 blocs en même temps. Une quinzaine de communes, dont la ville de Briemon sur Armançon pour son motocross, s’en sont dotés, au prix d’une centaine d’euros le bloc béton (hors transport). »

Des légos emboîtables

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Les sociétés Béton mobile TP et Blocstop proposent, pour leur part, des blocs béton emboîtables de type légo. « Les parpaings ont été créés à l’origine pour bâtir des cases dans les déchetteries, annonce Guillaume Watrelot, le cogérant de Béton mobile TP. Le concept de Securiblock, nom déposé en janvier 2017, est venu suite à la demande de plusieurs collectivités d’en louer pour protéger les marchés de Noël », mentionne-t-il.

Le concept de Securiblockest venu suite à la demande de plusieurs collectivités d’en louer pour protéger les marchés de Noël

Très implanté dans le nord de la France, le système Securiblock sécurise notamment le semi-marathon qui se déroule pendant la braderie de Lille, le carnaval de Lhomme ou encore la marque Perrier pendant le Roland-Garros. « Nous proposons 3 types de blocs de 800 kg, 1,5 tonnes, 2,2 tonnes pour un prix allant de 80 € à 200 € le bloc. Quant au transport des blocs, il coûte entre 150 et 700 euros. » Guillaume Watrelot conseille leur achat plutôt que leur location, qui coûte plus cher, selon lui, en raison de la logistique indispensable pour apporter les barrières. A savoir : des semi-remorques, des pinces et des grues spécifiques. Selon le co-gérant, Securiblock peut stopper un camion à 90 Km/h en quelques mètres.

Insérer le bloc béton dans l’architecture de la ville

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Arrivé sur le marché en janvier 2017, le système Blocstop, qui équipe une trentaine de villes (Bordeaux, Nantes, Valenciennes, Dunkerque, Cahors ou encore Biarritz et la métropole de Marseille) revendique, pour sa part, son harmonisation dans la cité pour ne pas créer d’anxiété. « Je ne fais pas le même boulot que les vendeurs de béton, appuie Abel Feghoul, le gérant. Mes blocs sont designés et multi-fonctionnels. 

Mes blocs sont designés et multi-fonctionnels

Ils sont signalés par un spot photovoltaïque et un système réfléchissant. Ils peuvent aussi servir de supports aux panneaux électoraux, de publicité, prendre des couleurs différentes. Ils sont également superposables.» Le gérant de l’entreprise défend l’idée qu’il propose une réflexion sur le parcours à mettre en place pour protéger une manifestation : « Les blocs bétons mal placés peuvent être dangereux. Leur installation doit être réfléchie et pensée globalement », justifie-t-il.

Les bornes escamotables

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Pour finir, les bornes escamotables automatiques, conçues pour réguler la circulation des véhicules et les zones piétonnières à l’origine, peuvent contribuer à sécuriser certaines zones urbaines, comme les cœurs de ville : « Nous disposons de bornes qui résistent à différents types de quatre roues  et qui peuvent être ouvertes ou fermées en 1,5 seconde, à distance, en une seule commande car le système de pilotage est centralisé », annonce Nicolas Chaine, le responsable communication et marketing d’Urbaco, une entreprise spécialisée dans ce type de produits.

Les bornes escamotables doivent être insérées dans un projet de ville global

Leur prix est plus élevé que les autres dispositifs présentés, en raison notamment du travail de génie civil qui accompagne leur installation : 2 à 3000 euros la borne, les plus sophistiquées pouvant atteindre entre 15 et 20 000 euros, avec une norme qui fixe la distance entre deux bornes  à 1,20 mètres, selon Nicolas Chaine. La ville de Nice en a installé entre 350 et 400. « Les bornes escamotables doivent être insérées dans un projet de ville global, estime-t-il, mais elles ont tout à fait complémentaires aux autres systèmes d’anti-intrusion. Le système des barrières israéliennes est adapté aux événements occasionnels et aux besoins rapides, selon moi. Les blocs de béton me semblent plutôt adaptés aux zones qui doivent être sécurisées de façon pérenne et sur des distances plus importantes », développe  Nicolas Chaine. Guillaume Watrelot et Jonathan Goldnadel vont dans le même sens.

Des dispositifs amenés à perdurer

Les événements ont montré que les collectivités et les services de l’Etat vont devoir durablement s’équiper de systèmes de sécurité entravant l’intrusion de quatre roues. La notion de smart and safe city commence à se répandre. A ce titre, les personnes publiques doivent penser la sécurité de leurs sites globalement et réfléchir au dispositif le plus adéquat, dans une recherche de meilleur rapport qualité/prix, pour chacun de leurs événements et des lieux à sécuriser. A ce jour, l’UGAP n’a pas référencé de systèmes anti-intrusion dans son catalogue.

Milpharm
Jonathan Goldnadel
0033 6 27 73 35 25
jonathan@milpharm.com
Crash test barrières MVB
https://www.youtube.com/watch?v=psVgkm0rDQw
Reportage France TV
http://www.francetvinfo.fr/ economie/emploi/metiers/armee- et-securite/voitures-beliers- la-reponse-israelienne_ 2340979.html

Haltbrac défense
Michel Pateau, cofondateur
0611776520
Crash test barrières 
https://www.youtube.com/channel/UCXGYImm9awVzxluGGbR71rg

Location Bloc Beton
Guillaume Watrelot, cogérant
guillaume@location-bloc-beton.fr
https://www.location-bloc-beton.fr/

Blocstop
Abel Feghoul
Téléphone 06 87 97 38 90
contact@blocstop.fr
reportage sur les blocstop
https://www.youtube.com/watch?v=hFKjmYOEwBQ&feature=share

Urbaco
http://urbaco.came.com/fr/entreprise/actualites
Crash test 
https://youtu.be/l8gQtBFo2Ig