La Folle Semaine des Marchés Publics

Journal intime d’acheteurs (3) : la recette du bonheur

A propos de l’auteur

Suite et fin de notre série enquête-témoignages "journal intime des acheteurs". Après s’être confiés sur leur métier et leur quotidien, les acheteurs exposent cette semaine ce qui pourrait améliorer leurs conditions de travail et l'image que véhicule leur fonction, en interne comme en externe. Avec, en rêve, être un jour reconnu comme un "super héros"...

Pour certains, les difficultés du métier en font aussi son" piquant" et donc son attrait. Cependant, des changements sont attendus. Par ceux qui préfèrent manger non épicés, comme pour ceux qui pensent que l’ajout d’ingrédients améliorera le plat. Une aide extérieure est réclamée, tout comme un coup de pousse en interne. Mais comme « on est jamais mieux servi que par soi-même », quelques clés semblent entre leurs mains. Mélangez tout ça ... et vous obtiendrez un acheteur heureux !
 

Coup de pousse extérieur

« Il peut être difficile d’être acheteur public car il s’agit aujourd’hui encore d’un métier peu connu et peu visible, bien qu’essentiel. En souhaitant présenter le métier d’acheteur public aux personnes intéressées, je fais souvent un biais par le privé […] Je décris alors l’acheteur public comme celui qui répond aux besoins en fournitures, services et travaux de l’administration pour laquelle il travaille. Bref, devoir expliquer son métier, c’est déjà une difficulté ! » explique cet acheteur. Pour mieux faire connaître ce métier, les acheteurs interrogés prônent un renforcement de la filière professionnelle et scolaire. La nécessité de consolider la formation initiale et continue est mise sur la table.
La stabilisation de la législation est également évoquée pour plusieurs raisons. D’abord, cela permettrait d’avancer et de transcrire de manière durable les pratiques. Mais aussi, cela éviterait de s’arracher les cheveux avec la question de savoir quel est le texte applicable au contrat sur lequel l’on se penche et être plus serein sur la connaissance de la réglementation en vigueur.

Devoir expliquer son métier, c’est déjà une difficulté !

Outre la stabilité, des textes plus adaptés à la pratique du terrain sont souhaités. L’interopérabilité des logiciels pour éviter de saisir et ressaisir l’information et également réclamée. Cependant, un petit coup de chapeau est donné à Bercy : la DAJ est saluée pour les consultations qu’elle lance depuis plusieurs années maintenant, associant ainsi les praticiens, mais aussi pour ses conseils pratiques diffusés sur son site.
 

Coup de pousse interne

Les acheteurs interrogés pensent que certaines clés d'amélioration de leur quotidien professionnel se trouvent dans leurs structures elles-mêmes. Le rôle de la hiérarchie est alors mis en avant. D’une part, la vision de la fonction et la place qu’elle lui laisse au sein de l’établissement est déterminante pour l’acheteur. D’autre part, chaque agent étant dans une logique propre à sa fonction, la hiérarchie doit savoir arbitrer et faire coexister les différentes approches.

Chaque agent étant dans une logique propre à sa fonction, la hiérarchie doit savoir arbitrer et faire coexister les différentes approches.

L’anticipation a également toute son importance. Un acheteur explique travailler sur la notion de « timing ». Concrètement, il communique aux autres services un document récapitulant les délais nécessaires au lancement d’un marché. Il diffuse chaque fin d’année un tableau de bord des marchés à relancer l’année suivante. Le travail est effectué au vu du PPI (plan pluriannuel d’investissement) et complété avec les autres services de la collectivité. Cela permet de repérer les points de blocage et de lisser au maximum l’activité. Des points sont faits en cours d’année pour mettre à jour le tableau. « Cela ne résout pas tout » confie l’acheteur : « l’activité marché public fonctionne par vague ; nous savons que nous traversons des périodes avec beaucoup de marchés à lancer et d’autres avec un peu moins d’activité. »
La fonction impose des qualités au-delà des compétences strictement techniques, et le "bon relationnel" en fait partie. « Le métier d’acheteur serait difficile à assumer sans relations humaines » déclare l’un d’eux. En effet, dialogue et pédagogie sont essentiels dans le métier ... savoir "arrondir les angles". Et ce, même lorsqu’il faut expliquer plusieurs fois les obligations qui s’imposent. Voir même, oser poser son véto quand il n’y a pas d’autre possibilité : « Cela fait partie du métier que de trouver des solutions et de savoir dire non ».

« Le "jeu" est d’arriver à proposer la rédaction de clauses applicables sur le terrain, donc les plus réalistes possible, en sachant prendre en compte des exigences techniques et politiques»

« Savoir bien ressentir les choses pour anticiper les difficultés à venir » est une autre qualité de l’acheteur « car plus elle est identifiée en amont, plus la difficulté sera simple à solutionner » explique un autre. « Le "jeu" est d’arriver à proposer la rédaction de clauses applicables sur le terrain,  donc les plus réalistes possible, en sachant prendre en compte des exigences techniques et politiques» complète un de ses homologues.
Pour faire face au manque d’écoute et au fait que l’acheteur est souvent « mis dans la boucle » trop tard, « il faut faire son trou » ironise un acheteur. « Etre acteur, ouvert d’esprit, travailler en mode conduite de projet » sont selon lui des pistes pour, petit à petit, obtenir une reconnaissance en interne. Mais, il le concède, « ce sont des changements culturels qui prennent beaucoup de temps ». Son monde professionnel parfait ? « La table ronde du roi Arthur... où tout le monde est sur un pied d’égalité ».
 

Le plus beau métier du monde ?

« L’achat public, nous savons depuis de nombreuses années que c’est mouvant ; il faut s’y faire, ça sera toujours comme ça ! Cela fait partie intégrante de nos métiers. Il faut savoir se montrer flexible, autant dans la réglementation que dans les rapports humains. C’est un beau métier qui me passionne. Il est complexe, mais c’est ce qui le rend intéressant. On ne sait jamais ce qui va se passer ! » conclut un acheteur.
Un autre met en lumière le rôle de « super héros » de la fonction : « L'acheteur public est appelé à contribuer peut-être plus que tout autre agent public, à la prévention des conflits d'intérêts, à la lutte contre la corruption par les dispositifs qu'il a pu mettre en place (charte de déontologie, charte relations fournisseurs, process d'évaluation des tiers...) Et si finalement, l'acheteur public était "en avance" sur les transformations du service public ? »