Recruter un acheteur : une quête longue et difficile - achatpublic.info

Recruter un acheteur : une quête longue et difficile

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Mme Catherine Dupeyron
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De nombreuses collectivités locales connaissent en ce moment les pires difficultés à trouver des professionnels de la commande publique, qu'ils soient acheteurs ou juristes marchés. A tel point que l'embauche est suspendue, quand elle n'est pas purement et simplement annulée. Et quand elles trouvent chaussure à leur pied, c'est parfois un an après le lancement de la recherche.

« Ah non, malheureusement personne n’a été recruté ! Et, ce n’est pas prêt de s’arranger car le recrutement est gelé jusqu’à nouvel ordre ». Cet aveu d’échec n’est pas rare, lorsque l’on s’enquiert des suites d’un recrutement dans le domaine de l’achat public. Face à ces difficultés de recrutement, les uns suspendent donc la décision d’embauche, voire y renoncent purement et simplement, les autres relancent la recherche parfois avec l’aide d’un cabinet. L’hiver dernier, la communauté d’agglomération de Tours a dû lancer un deuxième recrutement pour un poste de gestionnaire de la commande publique car le candidat choisi s’est désisté au dernier moment. Finalement, le poste a été pourvu début juillet.

Ah non, malheureusement personne n’a été recruté ! Et, ce n’est pas prêt de s’arranger car le recrutement est gelé jusqu’à nouvel ordre

Un phénomène de plus en plus fréquent qui complique et rallonge considérablement les délais afin de pourvoir au poste. Ainsi, si le délai moyen de recrutement est de 4 à 6 mois pour la fonction, il n’est pas rare qu’il soit d’un an, voire plus. Et en attendant, la charge de travail supplémentaire sur les autres agents du service  s’alourdit au point que les tâches ne sont pas nécessairement accomplies dans les délais. « En l’absence d’un chef du service, nous ne sommes plus que deux pour une ville de plus de 80 000 habitants. C’est très insuffisant. Concrètement, nous ne sommes pas en mesure de répondre rapidement aux différentes demandes de nos collègues », confie un agent municipal du service achats publics, soucieux de dévoiler ni son nom, ni celui de la commune qui l’emploie.

Des recrutements avortés


A Noisiel, commune de 16 000 habitants en Seine-et-Marne, il s’est écoulé 13 mois entre la publication de l’annonce sur emploipublic.fr en mai 2014 pour un chargé de gestion des marchés publics et l’arrivée du candidat recruté en juin 2015. Raison majeure de ce délai : un premier recrutement avorté. « Une semaine avant son arrivée, la personne retenue s’est désistée par mél d’une manière très brutale. Sans explication, sans un mot d’excuse », raconte Christine Nicaise, responsable du service, « pour le deuxième recrutement, on a mené beaucoup d’entretiens par téléphone pour alléger la procédure et effectuer un premier tri dans les candidatures. »

Une semaine avant son arrivée, la personne retenue s’est désistée par mél d’une manière très brutale. Sans explication, sans un mot d’excuse

La commune de Palaiseau (30 000 habitants, Essonne) a également subi une mésaventure identique pour un poste de responsable des achats, mais ensuite les choses sont allées plus vite, sans doute grâce à l’intervention d’un cabinet de recrutement pour la deuxième vague de recherche. Autre cas de figure qui n’est pas exceptionnel, le recruté prend son poste mais le quitte presque aussitôt, soit parce que la personne a trouvé mieux ailleurs, soit parce que l’employeur ne donne pas suite à la période d’essai. Sur ce point, nos interlocuteurs ont été moins loquaces. Cependant, Virginie Clerc, responsable des affaires générales et juridiques de la communauté de communes des Versants d’Aime (9 communes, près de 10.000 habitants, Savoie), lève le voile sur un recrutement chaotique de responsable de la commande publique, un poste qu’elle a elle-même occupé de 2009 à 2012. Deux jeunes diplômés ont été successivement recrutés pour ce poste depuis début 2014 ; aucun n’a donné satisfaction. Le premier est resté moins d’un an, le second, arrivé en février 2015, n’a pas été prolongé au-delà de sa période d’essai.

Offre inférieure à la demande


L’embauche de jeunes diplômés serait-elle en cause ? « Non. L’incompétence n’est pas réservée aux jeunes diplômés. Et finalement, on a recruté une jeune femme de 24 ans qui est très bien et dont c’est aussi le premier poste après un stage de quatre mois dans la commande publique à Villeurbanne. C’est une fonction où la pratique est loin de la théorie. L’important est d’avoir des facultés de réflexion et d’adaptation pour pouvoir s’adresser aux élus, aux avocats mais aussi aux techniciens ou aux fournisseurs. » Enfin dans ce cas précis, l’embauche de jeunes diplômés permet de compenser les difficultés liées à la localisation géographique. « Nous sommes dans une zone de montagne, en fond de vallée, cela ne tente pas tout le monde. Donc concrètement, les candidatures sont peu nombreuses et nos possibilités de choix restreintes. »

C’est une fonction où la pratique est loin de la théorie. L’important est d’avoir des facultés de réflexion et d’adaptation pour pouvoir s’adresser aux élus, aux avocats mais aussi aux techniciens ou aux fournisseurs

.Parfois, face aux difficultés de recrutement, les collectivités locales, si elles peuvent se le permettre d’un point de vue fonctionnel, renoncent purement et simplement à embaucher et gèlent le poste jusqu’à nouvel ordre. C’est ce qu’a fait la ville de Meaux. En août 2014, la commune de Seine-et-Marne démarre un recrutement, puis le relance en février 2015. Finalement, en avril, la commune renonce à embaucher pour l’année en cours. « Pour le moment, on lève le pied. D’autant que la Cour des Comptes critique les embauches trop nombreuses dans les collectivités locales », remarque Alexis Damylkow, responsable de la cellule achats. « On a reçu beaucoup d’offres de qualité. Mais, les candidats répondent à plusieurs annonces et choisissent celle qui est la plus intéressante et la plus pratique pour eux. En l’occurrence, Meaux souffre d’un problème de localisation », poursuit-il. Autrement dit de longs trajets pour ceux qui ne résident pas en banlieue sud. « Dans ce contexte, nous avons sans doute fait l’erreur de proposer un contrat d’un an seulement », confie le cadre. Autres erreurs rencontrées dans la définition du poste faite par le pouvoir adjudicateur : le décalage entre les exigences du poste qui sont élevées et le niveau hiérarchique ou le niveau de salaire qui sont parfois bien en deçà, comme le rapporte un agent d’une commune francilienne, qui tient à rester lui aussi anonyme. Mais la vraie raison de tous ces problèmes s'explique par le décalage important entre l’offre et la demande : aujourd'hui, il existe un profond déficit de professionnels de l'achat public...