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Un Achat mutualisé, dématérialisé … mais demain ?

A propos de l’auteur

M. Joannès Jean-Marc
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Plus de 300 acheteurs réunis dans le grand auditorium du Conseil régional Auvergne Rhône Alpes (ARA), pour le Forum des achats publics 2020, organisé par le Conseil National des achats (CNA). Un accueil très chaleureux de Jean-Luc Baras, son Président : « Vous pouvez être fiers ! ». Dans le sens du poil ? Pas seulement : l’exercice proposé aux intervenants était de tirer un bilan sans concession du métier d’acheteur… et de dessiner son futur.

« Aujourd’hui, il n’y a plus de barrières entre acheteurs publics et acheteurs privés » : le cadre est donné par Jean-Luc Baras. Il n’est plus pertinent de chercher à comparer et évaluer acheteurs publics et privés. Les frontières s’estompent, estime Jean Bouverot, vice-président du CNA, qui remarque ainsi que désormais « la recherche de la performance économique est partout et [que] les liens entre achat et logistique se font de façon identique ». Des progrès qui se mesurent grâce à la simplification et la mutualisation… deux items qui ont particulièrement marqué la fonction Achat ces derniers temps…
 

La mutualisation : analyses sans concession

La mutualisation, ce n’est pas forcément la globalisation !

La mutualisation des services achats, c’est aussi un outil de création de valeur. Une affirmation plusieurs fois répétée. Comme pour se rassurer, face à ce qui est aussi parfois perçu comme une mesure purement économique et de réduction des effectifs. Pour Philippe Pin, Directeur Achats des Hospices civils de Lyon, « la mutualisation, c’est certes de la simplification, mais cela crée d’abord de l’expertise et de la compétence », car cela correspond véritablement à l’«apprentissage grâce à ses pairs».
Pour tordre le coup à l’idée selon laquelle la mutualisation éloigne du terrain, et donc des besoins, Sonia Martin (Directrice Achats de la Région ARA) explique que la mutualisation, ce n’est pas forcément la globalisation. Le Colonel du Hommet (Ministère de l’Intérieur) la soutient, expliquant que son service travaille tous les jours à la cohérence et à l’analyse la plus fine possible des besoins. Pour la SNCF, Caroline Gathrot-Armbruster (Directrice Achats) témoigne à son tour : « l’idée, c’est bien de trouver le bon degré de massification ; au risque, sinon, de devoir gérer des contrats trop complexes ».

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Apologie, donc, de la mutualisation ; on lui trouve de nouvelles vertus ! Mais un élu témoigne, un peu à rebours : « attention !  c’est une simplification des procédures...mais surtout une façon de faire des économies ». Paul Vidal (maire de Toussieu et président de la communauté de communes de Est lyonnais) rappelle qu'il reste toujours difficile de convaincre certains élus : «ils craignent encore de perdre compétences et autonomie». Quels arguments alors utiliser pour les convaincre ?  Les économies engendrées par la mutualisation !
 

Simplifier, oui mais... vraiment !

Il faut savoir exiger de la simplicité de la part des fournisseurs

«Simplifier, mais "vraiment" simplifier, c’est oser entrer dans les process» assène Sonia Martin (directrice Achats région ARA). A l’entendre, elle semble très critique envers la tentation de la "simplification de façade". « On ne simplifie pas pour soi : la simplification doit viser les fournisseurs, et toujours s’assurer d’une certaine compétitivité ».
Caroline Gathrot-Armbruster confirme : « la simplification n’est possible que si l’on est capable de s’interroger sur le sens et l’intérêt de chaque procédé et de chaque étape ». Elle ajoute qu' « il faut aussi savoir exiger de la simplicité de la part des fournisseurs »
 

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Une réinvention des modèles Achat

L’avenir de la fonction Achat, c’est de passer de la maîtrise des risques, au partage des risques !

Et demain ? : un exercice d’anticipation proposé aux intervenants, qui s’y prêtent de bonne grâce. Les propositions fusent, comme s‘il s’agissait de formuler des vœux, de définir son futur idéal. Et cela fonctionne ! : « la fonction Achat sera optimisée et saura faire le lien entre prescripteurs et fournisseurs » ; « Avec la RSE, rien ne se fera sans risque : l’avenir de la fonction Achat, c’est de passer de la maîtrise des risques, au partage des risques ».
Pour Aurélia Degnifio (Responsable du service Pilotage Méthodes et outils de la région ARA), la clé de la réussite résidera assurément dans le partage d’informations et la gestion de la donnée. Mais avec une dimension nouvelle : permettre, dans cet usage de l’information, l’erreur ; et accepter soi-même de se tromper, explique-t-elle. Autrement dit, « les process de demain devront être résistants à l’erreur ». Cette information, dûment recueillie, sera analysée pour, non seulement repérer les bonnes pratiques, mais encore pour assurer des achats efficaces. Avec à la clé, espère Bruno Carrère (Directeur Achats UniHa), des engagements contractuels plus longs et plus solides : « c’est le traitement des données qui nous fera progresser ».