Les comportements vertueux de l'acheteur pour sortir de la crise

"Le dialogue paraît en lui-même constituer une renonciation à l'agressivité"
Jacques Lacan

C'est bon, de se faire du bien, de temps en temps ! Et donc, pourquoi ne pas rappeler certaines condidérations de Pierre Pelouzet dressant le bilan 2020 du Médiateur des entreprises (lire "Le Médiateur des entreprises veut tirer les enseignements du « tsunami 2020 »") ? Si le volume des différends dans le cadre de la commande publique a augmenté en 2020, pour atteindre 411 cas (contre 259 en 2019), « c’est bien mieux que le secteur privé ».
A contrepied de l'assertion (le poncif !) selon laquelle "le privé fait mieux que le public", le secteur public se serait notamment révélé bien plus responsable que les entreprises en matière de délais de paiement. Ce cheval de bataille de Pierre Pelouzet, qui y voit aussi un des piliers l’achat responsable : prendre soin de ses partenaires, notamment en "échangeant" avec eux.
 

Besoin de contacts

Ce que la crise liée à la pandémie semble révéler, c’est qu’il en est du "bon achat public" comme des relations humaines : on a besoin de contact ! A cette différence près qu’en matière de commande publique, la dématérialisation des échanges est plus qu’acceptée, ou vécue comme un pis-aller : c’est un outil essentiel.
En Occitanie, les métropoles de Toulouse et Montpellier, la région Occitanie, le Sicoval (36 communes du Lauragais), le conseil départemental de Haute-Garonne, la CCI de Toulouse et la Préfecture de région viennent de mettre en ligne la plateforme Scope. Un site qui recense tous les marchés publics de la région. « Nous apportons une vision prospective des renouvellements de marchés, des travaux que nous avons dans notre plan de charge, afin que les entreprises anticipent leurs réponses ou aient le temps de préparer des groupements » explique Magalie Morlat, directrice des achats à la préfecture d’Occitanie (lire "Scope : un guichet unique pour accéder aux marchés publics").
 

Pacification interne

Au-delà de la question cruciale de l’approvisionnement, en quelque sorte le "résultat visible" de l’achat (relire "Sécurité des approvisionnements : "encore une fois, c'est le bon sens qui prime" et "Astuces pour vérifier la supply chain des candidats à un marché public"), la crise aura eu aussi pour effet de mettre en valeur les acheteurs publics "en interne". Il ressort d'un webinaire organisé par le cabinet de conseil Crop & Co, que la crise fait prendre conscience dans les services de tous les enjeux et dimensions de la mission achat public : « J’ai passé tout mon confinement au téléphone soit avec des client internes, soit avec des fournisseurs, à essayer de rapprocher tout le monde et […] de proposer des solutions. Cela a permis de nous conforter dans ce rôle d’apporteur de solutions » (lire "La crise pacifie les rapports entre service commande publique et services « métiers »").

Une autre facette de ce "nouvel acheteur public", qui n’est plus un juriste austère et soucieux principalement du respect des procédures de passation, mais un acteur "économique" interactif : « Pour être apprécié pour le service qu’il peut rendre, le service commande publique doit percevoir ces interlocuteurs comme des clients ».
 

L’économie responsable, une des « clés de sortie de crise »

Finalement tout autant, si ce n’est plus, que l’achat local, la RSE est particulièrement mise en avant par la crise. Se voir décerner un label RSE ou achat responsable est devenu plus que jamais un gage de bonne gestion et d’efficacité dans ses politiques achats. Pierre Pelouzet remarque que si le nombre de labels FRAR décernés est encore peu élevé (de l’ordre d’une cinquantaine), cela représente cependant « une masse d’achat considérable ».

Plus on se montre vertueux et attentif aux autres, plus on devient efficace ? C'est un des constats tirés du 12e Baraomètre de l'Observatoire de l'achat responsable. Selon l'Obsar « les organismes qui ont su garder une bonne relation, voire la renforcer, durant le confinement (printanier) ont généralement mieux absorbé les effets de cette crise » (lire "12ème baromètre OBSAR : un effet Covid sur l’achat responsable").

Très récemment, Enedis s’est vue renouveler « à l’unanimité des membres du comité d'attribution » le label Relations Fournisseurs et Achats Responsables (lire "Achat responsable : les "mesures pertinentes" d'Enedis en période de crise"). Le comité d’attribution souligne les engagements pris par Enedis vis-à-vis de ses fournisseurs. Ils ont montré « leur pertinence et leur efficacité dans le contexte de la crise sanitaire». Au titre desquels «la fluidification de la chaîne de facturation au travers d’un dispositif digitalisé à 100 % » et « l’accélération du règlement des factures pour de 1.800 TPE et PME », mais aussi « un dispositif d’écoute active des fournisseurs ».

Allons bon… Est-ce que l’achat public ferait sien le "jingle" dont on nous ressasse les oreilles « je me protège, je vous protège », voire même la formule, qu’on ne lit même plus, en bas de nos centaines de courriels quotidiens : « Prenez-soin de vous » ?


Jean-Marc Joannès