Fonction Achat : les conséquences et enseignements de la crise covid-19

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M. Joannès Jean-Marc
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«Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui avaient déjà mis en place les outils propices à une collaboration efficace avec leurs fournisseurs» conclut Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, à l’issue d’une conférence de presse présentant l’étude « Retours d’expérience et enseignements pour l’avenir : Impacts présents et futurs de la Covid-19 sur les chaînes d’approvisionnement et les pratiques achats ». La période "post-Covid" est considérée comme une opportunité à saisir pour repenser leur stratégie achats et la rendre plus responsable.

L’enquête rendue publique le 16 juin 2020 a été conduite par l’ADRA (Association des Directeurs et Responsables Achats), Le Médiateur des Entreprises (rattaché au Ministère de l’Economie et des Finances) et le cabinet de conseil BuyYourWay (61 témoignages d’acheteurs d’entreprises et organisations privées comme publiques).

Fenêtre de tir

50 % des acheteurs pensent mettre en place à court ou moyen terme une stratégie de renforcement de la traçabilité et de la transparence


Selon l’étude, 64 % des répondants estiment que la crise de la Covid-19 a grandement impacté leurs chaînes d'approvisionnement. 55% disent que cette crise leur a fait prendre conscience d'une connaissance insuffisante des acteurs de leurs chaînes d'approvisionnement. Sylvie Noël, Présidente de l’ADRA, confirme une prise de conscience que le métier achat évolue, et que «l’on achète pas que des produits ou des services, mais aussi de la continuité».
Au chapitre des bonnes résolutions, 50 % des acheteurs interrogés pensent aussi mettre en place à court ou moyen terme une stratégie de renforcement de la traçabilité et de la transparence. 61% affirment qu'ils vont davantage dialoguer / collaborer avec les acteurs de leurs chaînes d'approvisionnement suite à cette crise.
Pour 60 % d'entre eux, la période "post-Covid" est une opportunité et une chance à saisir pour repenser leur stratégie achats et la rendre plus responsable.

Gestion du risque

Les 3 risques à gérer en priorité seront : le risque de rupture d'approvisionnement, les risques logistiques et les risques juridiques dans les relations fournisseurs


Pour la majorité des répondants à l’étude, cette période a été synonyme de changements dans leur façon de gérer les risques liés aux achats. La majorité souligne qu’il leur a été nécessaire de re-prioriser certains des risques liés aux achats. Les risques de rupture d’approvisionnement ont sans surprise été très nettement revus à la hausse.
Au-delà d’une révision de la priorisation des risques liés aux achats, 57 % des répondants sont par ailleurs "d'accord" ou "tout à fait d'accord" pour dire que cette crise a entraîné l'identification de nouveaux risques liés aux achats. Le premier d’entre eux étant en toute logique la possibilité de voir survenir des pandémies qui paralysent l’économie.
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D'après les répondants, les 3 risques à gérer désormais en priorité seront : le risque de rupture d'approvisionnement (70 % du panel l'ayant mentionné), les risques logistiques liés au transport (cités par 54 %) et les risques juridiques dans les relations fournisseurs (cité par 52 %).
A noter : le renforcement de l'évaluation de la performance RSE des fournisseurs (cité à hauteur de 33%) vient en quatrième position. Cependant, le renforcement des critères sociaux et environnementaux dans les appels d'offre et les contrats n'ont respectivement été choisis que par 21 % et 23 % des répondants, arrivant ainsi en dernières positions. La performance des fournisseurs semble donc clé, apparemment au détriment de la performance des produits et services sur ces sujets.
 

Soft et hard skills


Les grandes qualités de l’acheteur sont la « proactivité » et la « résilience au stress »

La crise a fait évoluer les profils attendus des acheteurs, tant dans les qualités requises que dans les modes de travail. Si seulement 20% « d'accord » ou « tout à fait d'accord » pour affirmer qu’elle a profondément modifié la profession d’acheteur, il apparaît néanmoins que cette période a surtout redessiné les contours du profil acheteur : certaines qualités ont été identifiées comme particulièrement clefs. Selon l’enquête, les grandes qualités de l’acheteur sont la « proactivité » et la « résilience au stress », toutes deux citées par environ 70% du panel. Le "leadership" et la "créativité" (notamment pour trouver rapidement des alternatives) arrivent ensuite, choisies par 50% des répondants

La gestion des risques est désormais considérée comme une " hard skill"capitale

 
Les quatre "hard skills" ressortant comme les plus importantes à renforcer sont : la gestion des risques, les connaissances juridiques, la gestion des flux et la maîtrise d'outils numériques. Mais c’est bien la gestion des risques qui est désormais considérée comme capitale, de très loin la réponse possible la plus plébiscitée (choisie par 86% des répondants).
Un regret : les connaissances sur les aspects environnementaux et sociaux arrivent en fin de liste, alors même que les risques qui leur sont liés sont de plus en plus élevés. « La gestion de ces risques extra-financiers ne devra être minorée ou oubliée », rappelle l'étude.
Un point surprenant : la traçabilité arrive en fin de liste, alors que de nombreux répondants ont précisé leur besoin et volonté de renforcer cet aspect dans leurs stratégies achats futures.
 

Le rôle de la direction achats renforcé

Les acheteurs ont dû faire preuve de leadership, avec des interlocuteurs qui n’avaient pas toujours le sens des priorités


Il apparaitrait  "clairement" que la crise a permis une collaboration renforcée de la direction Achats avec d’autres fonctions stratégiques de l'entreprise.
  • 85% du panel affirme avoir collaboré de façon renforcée avec la direction financière (notamment pour les questions de budget et de trésorerie) ;
  • 85% également avec la direction juridique (principalement pour la gestion des relations fournisseurs) ;
  • 79% avec la direction des Ressources Humaines (pour la gestion des équipes et les normes de sécurité) ;
  • 48% avec la direction développement durable / RSE (par exemple pour s’assurer que les décisions prises en urgence ne se fassent pas au détriment des engagements environnementaux ou sociaux).
Selon Sylvie Noël, Présidente de l’ADRA, « les acheteurs ont dû faire preuve de leadership, avec des interlocuteurs qui n’avaient pas toujours le sens des priorités ».

La place du numérique

Etre acheteur n’est pas incompatible avec le travail à distance


La maîtrise des outils numériques apparaît comme étant une compétence à développer chez les acheteurs au sortir de cette crise. Plusieurs personnes ont néanmoins précisé que cet usage croissant du numérique ne doit pour autant pas se faire au détriment de la relation fournisseurs, mais bien la complémenter.
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Pour certains, cette période a aussi généré un profond changement dans la fonction en termes de mode de travail : elle a permis de démontrer qu’être acheteur n’est pas incompatible avec le travail à distance.
Un autre facteur de réussite dans la gestion de crise a été de posséder en amont les outils permettant la digitalisation des processus achats. C’est notamment le cas pour la gestion des commandes et de leurs paiements : leur dématérialisation a rendu plus agile les relations fournisseurs sur ce point, pendant les mois de confinement.
 

"Surfer sur une lame de fond"


La crise doit permettre à la fonction achat d‘imposer ce qu’elle doit être : une fonction responsable, sociale, sociétale, environnementale et économique

Selon l’étude, un nouveau profil qui se dessine pour la profession d’acheteur , qui prend une dimension stratégique, notamment dans les relations avec les fournisseurs. « La traçabilité et la relocalisation devient des éléments stratégiques. »
Au cours des échanges lors de la conférence de presse, beaucoup se sont interrogés, voire inquiétés,  sur la capacité de sortir par le haut de la crise et d’en tirer les enseignements pour faire évoluer la fonction achat et les relations avec les fournisseurs. « Mais la fenêtre de tir est éphémère », reconnaît la présidente de l’Adra. Pierre Pelouzet acquiesce : « de l’ordre de trois ou quatre mois ». Le Médiateur des entreprises considère que la crise a bien montré que l’on doit passer d’une fonction de réduction de prix à une fonction de prise de responsabilité : « la crise doit permettre à la fonction achat d‘imposer ce qu’elle doit être : une fonction responsable, sociale, sociétale, environnementale et économique ».
 

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« Retours d’expérience et enseignements pour l’avenir : Impacts présents et futurs de la Covid-19 sur les chaînes d’approvisionnement et les pratiques achats » Juin 2020

 



Documents

« Retours d’expérience et enseignements pour l’avenir : Impacts présents et futurs de la Covid-19 sur les chaînes d’approvisionnement et les pratiques achats » Juin 2020
"Cette étude n’apprendra à personne que les derniers mois ont été synonymes de grands bouleversements sociétaux et économiques. Les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, ont dû s’adapter pour faire face à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19. Parmi les directions clées pour leur fonctionnement, la fonction achats s’est retrouvée en première ligne : 64% des acheteurs interrogés ont confirmé que cette crise avait grandement impacté leurs chaînes d'approvisionnement.
Par rapport à la crise de 2008, bien que très différente tant en termes de causes que de conséquences, près de 50% des acheteurs estiment que de meilleurs réflexes et dispositifs de gestion de crise ont été mis en place : digitalisation de nombreux processus, conscience bien plus forte de l’importance du dialogue et du suivi fournisseur, meilleure anticipation par la mise en oeuvre de plans de continuité d’activité."
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