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Corruption : informer sans caricaturer

"Le journalisme, c'est le contact et la distance"
Hubert Beuve-Méry

«Ah oui ! C’est passionnant, la commande publique, me lançait encore récemment un confrère, avec toutes ses histoires de marchés truqués, de favoritisme et de corruption, tu as de quoi faire plein de papiers ! » Pffff… Comment lui faire comprendre que la commande publique ne se résume pas à ces affaires, petites ou grandes, qui alimentent tout autant la "grande presse" que la presse quotidienne régionale ? Pas facile de convaincre un journaliste "grand public" ! Les "unes", "éditos", "filets" et autres "manchettes" donnent, ces temps-cis, une image bien peu reluisante de la commande publique...
 

Enquêtes, rapports et plans d'action

Les journalistes du collectif Extra Muros et du site d'information Reflets.info ont enquêté pendant près d'un an sur les dessous des marchés publics passés par l’Etat pour mettre en place les radars automatiques : une « usine à PV », « des marchés publics dont (…) personne ne parle jamais, et encore moins de leurs montants faramineux». Ils relatent « plusieurs marchés passés sans mise en concurrence ou alors tellement précis que seule l'entreprise qui "devait" l'obtenir pouvait y répondre...» Au plus haut niveau de l’Etat, le récent  rapport du Greco (Groupe d’États contre la corruption) du Conseil de l’Europe appelle la France à mettre en œuvre une meilleure politique de lutte contre la corruption. Quasi simultanément, et comme en réponse, un plan triennal de lutte contre la corruption vient d’être dévoilé par le gouvernement français. L’Autorité de la concurrence s’est fixée, elle, comme priorité 2020, de lutter contre les pratiques anticoncurrentielles commises dans le cadre de la commande publique. Dans sa "feuille de route 2020", elle annonce la mise en place d’outils permettant la collecte et l’analyse automatique des données de marchés publics afin de « détecter de manière encore plus exhaustive les comportements collusifs ».
Clairement, il y a  une "pointe d’actualité corruption". Elle ne fait sans doute que commencer.
 

Recommandations

La Smacl rappelle régulièrement qu’en période pré-électorale, le phénomène est classique. Si les élections municipales peuvent aussi avoir sur l'"art de la commande publique" des effets positifs (relire "Elections municipales : des effets (parfois) bénéfiques sur la commande publique"), à l’occasion  de ce rendez-vous démocratique, les candidats ont tendance à "sortir" toutes les affaires susceptibles de nuire aux autres concurents (relire "Devoir de probité : les agents publics toujours plus exemplaires !"). Un rendez-vous idéal, aussi, pour que recommandations et autres appels à la probité des futurs élus fusent (relire "Municipales 2020 : les 30 recommandations d’Anticor aux futurs élus").
 

Cap sur la formation

« La formation est l’un des vecteurs privilégiés de la lutte contre la corruption en particulier pour les personnes exposées au risque de corruption au regard de leurs fonctions» (Convention des Nations Unies contre la corruption adoptée le 31 octobre 2003). Dont acte ! Selon une enquête de l'agence française anti-corruption (AFA) en 2018, 7,3 % des collectivités territoriales ont mis en place des mesures de prévention de la corruption, 3,5 % des agents publics territoriaux et 1,5 % des élus ont reçu une formation en matière de prévention des atteintes à la probité. C'est sans doute encore trop peu, mais les progrès sont là : achatpublic.info rend compte régulièrement de cet effort de formation aux vertus préventives (lire cette semaine "Des formations anti-corruption obligatoires destinées aux acheteurs publics" et relire "Commande publique : les agents des collectivités incités à accélérer sur la lutte anti-corruption").
 

"Balancer l' information"

Il ne faut pas verser dans l'angélisme : la formation des acheteurs publics ne suffira certainement pas. Nous rappelons régulièrement la difficile mise en place d’un véritable régime protecteur des lanceurs d’alerte (relire "Alerte éthique et commande publique : une relation à fort potentiel !", la décapante tribune de François Villette " L’Europe à la rescousse des lanceurs d’alerte" et l'enquête mené auprès de l'association Canol : "Lanceurs d’alerte : pas de pitié pour les acheteurs !").
Il y a quelques temps aussi, un journaliste chevronné me disait : « Un bon article, c'est celui qui "balance" l'information ; qui sait la présenter sur tout ses aspects, sans concession et sans parti-pris». Pour le journaliste de presse professionnelle, le subtil équilibre à trouver se situe donc "entre ne pas en parler ", au risque ne ne pas répondre à sa mission d’information ; "en parler à outrance pour faire le buzz"... au risque de verser dans un sensationnalisme qui ne rend pas compte de la réalité quotidienne des acheteurs publics.

 
Jean-Marc Joannès